Redécouvrez l’interview du Dr Ghada HATEM-GANTZER, fondatrice de la Maison des Femmes


A l’été 2016, le Dr. Ghada HATEM-GANTZER, gynécologue au Centre Hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis, supervisait l’ouverture de la première Maison des Femmes : un modèle de lieu innovant et pluridisciplinaire, dédié à la santé des femmes, qui a été dupliqué depuis dans plusieurs hôpitaux sur l’ensemble du territoire…


La Maison permet d’accueillir les femmes, d’évaluer leur santé physique et psychique, de produire des certificats médicaux, d’offrir des services ou des conseils sur le plan administratif et judiciaire.

Quelle est l’origine de la Maison des femmes ?

En 2011, j’ai pris la direction médicale de la maternité de Saint-Denis, ce qui constituait un nouveau défi dans un établissement en transition, où il fallait tout repenser, sur un territoire avec une forte précarité. Il y avait une volonté forte de créer une autre image pour ne plus le réduire à « l’hôpital des pauvres », à travers des projets très concrets : ouverture d’un centre de FIV, création d’une unité de prise en charge du cancer du sein, refonte du service de planning familial, etc. C’est aussi à cette époque que je me suis intéressée, plus en profondeur, à la médecine de la violence qui est malheureusement un sujet inévitable dès que l’on s’occupe des femmes. J’ai un peu mixé toutes ces thématiques en décidant de les réunir dans un même lieu.

Comment l’avez-vous construite ?

Nous avons cherché des financements privés. La Fondation Kering a été la première à nous soutenir, suivie par de nombreuses autres entreprises, grâce à une forte médiatisation autour du projet. Nous avons pu construire notre première maison comme on l’imaginait, sur le fond et sur la forme  : un lieu chaleureux, pluridisciplinaire, ouvert sur l’hôpital et physiquement indépendant pour garantir un accueil à la fois direct et discret. Tout le monde s’est beaucoup investi dans la réalisation. Je pense notamment au cabinet d’architecte (JAHEL) qui a produit de nombreuses propositions très créatives ; nous avons finalement privilégié une forme de grande maison, contemporaine, fonctionnelle et colorée.

Que proposez-vous à l’intérieur ?

C’est un lieu de soins innovant, conçu autour d’une logique transversale pour la prise en charge des femmes. Nous avons trois unités  : le planning familial ; l’excision avec un pôle d’expertise renforcé qui va du suivi psychologique à la chirurgie du clitoris au sein de l’hôpital ; les violences faites aux femmes, sexuelles et/ou intra-familiales.

Concrètement, la Maison permet d’accueillir les femmes, d’évaluer leur santé physique et psychique, de produire des certificats médicaux, d’offrir des services ou des conseils sur le plan administratif et judiciaire. Une fois par semaine, par exemple, un policier est présent, détaché des commissariats de Saint-Denis, pour recueillir les plaintes sur place. Par ailleurs, nous proposons un ensemble d’activités et d’animations pour accompagner la prise en charge dans toutes ses dimensions  : groupes de parole, art-thérapie, ateliers sur l’estime de soi, potager collectif, activités – psychocorporelles (kiné, psychomotricité, danse orientale, karaté, etc.)

Comment tout cela est-il financé  ?

Pour faire simple, l’association a une convention avec l’hôpital : elle lève des fonds et lui salarie le personnel médical (45 professionnels à temps plein ou temps partiel). Les activités sont animées par une quinzaine de bénévoles que nous pouvons accompagner dans la recherche de subventions. Les avocats sont aussi bénévoles pour l’accueil et le conseil des patients ; dans certains cas, ils peuvent solliciter une aide juridictionnelle, s’il y a lieu d’aller plus loin, afin de les représenter devant la justice.

Quel est le bilan et quels sont les projets ?

Tout n’a pas été simple, loin de là, mais les résultats sont très positifs. Les patientes sont au rendez-vous et, dès la première année, la Maison s’est révélée trop petite. Nous avons obtenu de nouveaux financements qui nous ont permis de l’agrandir, tout en renforçant l’équipe de soignants. La médiatisation a entraîné de nombreuses sollicitations de France et de l’étranger pour pouvoir dupliquer le concept. Ici comme ailleurs, il faut continuer à construire et pérenniser au quotidien, comme un gros Lego auquel on ajoute des briques dès que nous avons de nouvelles idées ou que l’on nous propose des choses sympas…

Pour en savoir plus sur l’association La maison des Femmes : cliquez ici

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