L’hôpital en temps de crise sanitaire : des internes témoignent


Comme tous les soignants, les 30 000 internes des hôpitaux sont confrontés à une situation inédite qui bouscule leur formation et leur quotidien. Elle est aussi source d’engagements, de mobilisation et de solidarité, bien au-delà des services et des spécialités directement impactés par l’urgence sanitaire. L’APPA a recueilli quelques témoignages…


A Lyon, des internes confinés et prêts à se mobiliser

L’Auvergne Rhône-Alpes fait partie des régions les plus touchées par l’épidémie sur le territoire. Les hôpitaux lyonnais accueillent déjà plus d’un millier de malades, mais ils semblent pour l’instant en mesure de faire face à l’afflux de nouveaux patients. Interne de troisième année en médecine générale dans un service d’urgence gynécologique, Marion vit les événements en partie de chez elle. « Toutes les interventions non urgentes ou ‘de confort’ ont été déprogrammées, si bien que nous avons établi un roulement avec l’autre interne du service pour venir travailler à l’hôpital une semaine sur deux ». L’objectif est aussi de confiner les soignants qui peuvent l’être, même si tout est naturellement mis en œuvre à Lyon Sud pour éviter les risques de contamination in situ.

Cela étant, l’épidémie et la situation des collègues restent sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. « C’est assez paradoxal, mais les moments hors de l’hôpital sont presque devenus plus difficiles à vivre. Quand on y est, on est dans l’action, on travaille, on n’a même pas le temps de réfléchir… C’est à la maison, une fois confinée, qu’on commence à gamberger, à s’inquiéter ou à ressasser la question que tout le monde se pose : où et comment être utile ? Je pense notamment à certains de mes amis, qui exercent en ambulatoire et sont vraiment débordés… ». A l’hôpital, la situation évolue forcément au jour le jour. « Beaucoup d’internes d’autres spécialités sont mobilisés sur d’autres services. Quant à la relation avec les patients, elle a aussi changé avec les circonstances : ils sont globalement plus stressés… mais sûrement par le simple fait d’être ici ! ».

Interne en radiologie interventionnelle au sein du Centre Léon Bérard, un hôpital lyonnais de référence dédié à la cancérologie, Florian vit une situation analogue : « Il nous a été demandé d’organiser un roulement, entre internes, pour limiter notre présence au maintien strict de la continuité des soins. » L’enjeu est de ne pas trop les exposer, même si tous restent en alerte, comme Marion, en cas d’aggravation de la situation : « Au-delà des spécialités, nous avons tous un point commun : être utile et soigner, quels que soient les besoins et les instructions ».

« C’est assez paradoxal, mais les moments hors de l’hôpital sont presque devenus plus difficiles à vivre. Quand on y est, on est dans l’action, on travaille, on n’a même pas le temps de réfléchir… C’est à la maison, une fois confinée, qu’on commence à gamberger, à s’inquiéter ou à ressasser la question que tout le monde se pose : où et comment être utile ? »

Paris : manque de matériel et hôpitaux sous tension

Interne en pédiatrie générale dans un grand hôpital de l’est parisien, Cécile n’est pas directement exposée à la crise mais en découvre toutes les incidences. « Nous sommes 8 internes dans le service, dont la moitié en médecine générale qui a été réaffectée chez les adultes. C’est vrai que depuis le début de la crise, nous étions un peu en sous-activité, par rapport à la normale, puisque les familles évitent les urgences et le confinement a entraîné logiquement une baisse de certaines affections, comme les bronchiolites, souvent portées par des enfants en collectivité. C’est un peu triste à dire, dans ce contexte, mais on se retrouve à un niveau de passages qui devrait être celui de l’ordinaire et fait ressentir, de part et d’autre, le véritable sens des urgences ! On a même été confronté à des situations inverses : des cas vraiment urgents pour lesquels on a dû parfois insister pour que les gens viennent, sûrement parce qu’ils avaient peur… »  A son échelle et maintenant que l’épidémie approche de son pic en région parisienne, Cécile compose avec toutes les conséquences induites au quotidien. « On manque clairement de masques et de gel hydroalcoolique. Pour les masques, c’est vraiment la galère : on est actuellement rationné – trois par jour et par personne, malgré des mesures de protection, à l’échelle d’un gros hôpital, qui sont évidemment très strictes.

Les protocoles sont contraignants (heureusement!) et doivent être intégrés à nos rythmes quotidiens car, en pratique, cela prend tu temps. Quant à l’organisation du travail des internes, on se retrouve désormais en sous effectif dans mon service et un peu débordés. L’ARS, qui compte apparemment de nombreux malades parmi ses équipes, semble être dépassée par la situation, si bien que ce sont les syndicats, les groupements hospitaliers, les chefs de service voire les internes eux-mêmes qui prennent l’initiative pour trouver des solutions. A Paris, par exemple, c’est le SIHP* qui s’est occupé de recenser les besoins et d’orienter les personnes. Et dans certains cas, le temps de l’urgence n’est pas celui de l’administration : j’ai une copine interne qui a été rappelée par l’hôpital où elle avait fait son dernier stage, en Seine Saint-Denis mais cela pose des questions d’assurance, par rapport à son contrat actuel, alors qu’on a besoin d’elle ailleurs, sans attendre… »

Dans ce paysage sanitaire complément inédit, Cécile distingue également quelques lueurs, en particulier dans la relation avec les patients. « L’épidémie arrive aussi dans un contexte de crise, à l’hôpital, qui a été largement médiatisé depuis plusieurs mois ; cela explique sûrement qu’on observe une sorte de bienveillance, notamment sur les délais, de la part des patients et des familles. Ils savaient déjà que nous étions débordés et le contexte de crise alimente ce mouvement de solidarité et de compréhension auprès des soignants ». A Lyon, au-delà du bilan sanitaire, Marion pense que les événements actuels laisseront également des traces positives pour l’hôpital public. « De l’intérieur, ce type de crises est forcément porteur en termes de gestion de crise, d’énergies collectives, de réorganisation des services ou de projections sur les possibilités en ambulatoire. Repenser l’hôpital, c’est aussi le sujet ! » Dans l’immédiat, les internes font face, comme tous les professionnels de santé, qu’ils soient confrontés à l’urgence, à la continuité indispensable des soins dans les autres services ou à des engagements bénévoles, spontanés, notamment auprès du SAMU. «  Les changements de stages ont été repoussés en juin, ce qui va aussi avoir un impact sur l’activité puisqu’il y a toujours un temps d’adaptation et d’organisation nécessaire quand les équipes évoluent. Mais juin, vu d’aujourd’hui, ça paraît encore loin… »

* Syndicat des Internes des Hôpitaux de Paris

Conflits à l’hôpital : les nouveaux médiateurs nationaux et régionaux au Journal-officiel


Un nouveau décret est paru le 30 août dernier au JO. Ainsi, la fonction de médiateur (national ET régional) a enfin pu se concrétiser.


Son objectif ?

Résoudre les conflits en cas de harcèlement à l’hôpital public et en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes).

Ces derniers peuvent concerner un différend entre un ou plusieurs salariés de l’hôpital, opposés entre eux ou directement à leur hiérarchie, « dès lors que la situation porte une atteinte grave au fonctionnement normal du service ».

Les médiateurs régionaux (ou inter-régionaux)… 

  • Pourront le devenir à partir du moment où ils sont catégorisés en tant qu’agent hospitalier (aide-soignant, infirmière, médecin etc…),
  • Seront nommés pour une durée de 3 ans, renouvelable une fois,
  • Seront saisis par voie électronique,
  • Travailleront au sein d’une instance composée de dix membres proposés par leurs soins,
  • Traiteront chaque dossier en collaboration avec les membres de l’instance,
  • Disposeront de trois mois, après accusé de réception de la demande, pour trouver une solution avec deux membres de l’instance de leur choix,
  • Seront rémunérés -au même titre que les membres de l’instance régionale- à hauteur de 150 € par vacation de trois heures dans la limite d’un plafond de 1500 € par mois. Ils percevront également un salaire de 4 000 € par mois.

Ne peuvent devenir médiateurs régionaux…

  • Ceux ayant été impliqués dans un conflit dit « social » ou liés à des décisions médicales,
  • Ceux ayant été impliqués dans un différend relevant des instances représentatives du personnel,
  • Ceux faisant l’objet d’une saisine du Défenseur des droits ou d’une procédure disciplinaire.

Les parties concernées par le conflit auront la possibilité de récuser une seule et unique fois la décision prise par l’instance. Le médiateur devra alors désigner de nouvelles personnes pour instruire le dossier. Si le conflit ne trouve finalement aucune issue, il aura alors la possibilité de faire appel à son homologue national.

Les médiateurs nationaux…

  • Disposeront des mêmes outils que les médiateurs régionaux,
  • Reprendront la main sur les dossiers qui n’auront pas trouvé d’issue auprès des médiateurs régionaux (ou inter-régionaux) ou sur ceux saisis par le ministère de la Santé ou du Centre national de gestion (en charge de la gestion des carrières des médecins de l’hôpital).

À l’issue des médiations (régionale ou nationale), des préconisations seront émises et un contrat devra être rédigé, accepté et signé par toutes les parties appartenant au conflit.

À charge, ensuite, au médiateur de transmettre ce dossier à la direction hospitalière, au président de la commission médicale de l’établissement (CME) et au doyen (uniquement dans le cas où un praticien ou un PU-PH est impliqué dans le conflit).

Bon à savoir :

Avant la mise en place de ce décret, le rôle de médiateur national était tenu par Édouard Couty, ancien directeur des hôpitaux, nommé à ce poste en mars 2017. Il collaborait alors avec une commission dite de « médiation » regroupant médecins, psychologues et directeurs d’hôpital volontaires et bénévoles.

La majorité des dossiers impliquaient alors uniquement des médecins.

70 % des conflits traités s’étaient achevés sur un accord.

Il aura fallu pas moins de deux ans avant qu’un arrêt et un décret paraissent au JO.

Pour consulter ce décret, nous vous invitons à vous rendre sur ce lien.

Top