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Depuis une dizaine d’années, l’APPA soutient L’enfant@l’Hôpital qui fête ses quarante ans d’actions, en 2026, auprès des enfants fragilisés par la maladie ou le handicap. Elle leur propose notamment de s’évader de leur quotidien, souvent difficile, à travers un dispositif original, participatif et voyageur : les Ateliers Kolibri. Rencontre avec Marie-Emmanuelle Soutenet, déléguée générale de l’Association.

Marie-Emmanuelle Soutenet, déléguée générale de l’Association L’Enfant@l’hôpital, Instagram
Pouvez-vous nous raconter l’origine de L’enfant@l’Hôpital ?
L’Association a été fondée par Anne Dunoyer de Segonzac, qui était très engagée dans le champ de la philanthropie et de la promotion de la lecture, à une époque charnière : celle de l’émergence de l’informatique domestique. Convaincue du potentiel éducatif des nouvelles technologies, elle a initié les premiers ateliers informatiques directement au chevet des enfants hospitalisés. Ce positionnement novateur — utiliser les outils numériques comme vecteurs d’ouverture et d’apprentissage — constitue l’ADN du projet. Au fil des années, l’Association a développé des collaborations culturelles et pédagogiques, puis fait évoluer son modèle vers un dispositif original qui deviendra sa signature : le suivi de voyageurs à travers le monde…
Où intervient l’Association aujourd’hui ?
L’enfant@l’Hôpital est présente aujourd’hui dans près de 60 établissements répartis sur l’ensemble du territoire, qui se répartissent en trois grandes catégories :
- Des services hospitaliers (pédiatrie, hémodialyse, pédopsychiatrie, hospitalisations de longue durée) accueillant des enfants souvent confrontés à des parcours de soins lourds et à un risque d’exclusion sociale et scolaire ;
- Des instituts médico-éducatifs et des structures spécialisées dont la mission est d’accompagner des enfants et adolescents présentant des handicaps cognitifs, moteurs ou associés ;
- Des dispositifs d’inclusion scolaire, type classes ULIS, permettant à des élèves en situation de handicap de suivre une scolarité en milieu ordinaire avec un accompagnement adapté.
Quels que soit le type d’établissements, les enfants concernés partagent souvent une double fragilité: un isolement social et une perte de confiance en eux. L’ambition de l’Association est de leur redonner des repères, de nourrir leur curiosité et de stimuler leurs capacités affectives et cognitives.
Pouvez-vous nous parler des Ateliers Kolibri ?
Il s’agit d’un dispositif pédagogique, au cœur du projet de L’enfant@l’Hôpital, qui se matérialise par l’organisation d’ateliers hebdomadaires au sein des établissements partenaires afin de suivre des voyageurs bénévoles, familles, couples ou aventuriers individuels, sélectionnés par l’Association (entre 15 et 20 chaque année). Engagés dans un projet de voyage d’environ un an, ils choisissent de partager leur expérience avec les enfants à travers 3 grandes étapes :
- Une rencontre préalable entre les voyageurs et les enfants avant le départ ;
- Un suivi hebdomadaire via la plateforme numérique Kolibri, sur laquelle les voyageurs publient un carnet de voyage illustré ;
- Le retour en établissement, à l’issue du périple, pour poursuivre l’échange avec les enfants participants.
Concrètement, chaque voyage est suivi par 4 à 6 groupes d’élèves. Au sein des établissements, les ateliers sont animés par une équipe d’une dizaine de jeunes engagés (services civiques, stagiaires, bénévoles), encadrés par les salariées de l’Association.
Durant une heure, chaque semaine, les enfants découvrent un pays, situent les destinations sur une carte, travaillent sur les fuseaux horaires ou les distances parcourues, participent à des activités culturelles et sensorielles, en lien avec le voyage.
Ces contenus deviennent alors des supports pédagogiques (lecture, géographie, mathématiques, écriture, mémorisation, etc.) qui génèrent de véritables avancées individuelles ou collectives : des enfants qui reprennent goût à la lecture, des adolescents qui s’engagent davantage dans les activités partagées, une amélioration générale de l’attention et de la participation. Au-delà des apprentissages, ces ateliers constituent une respiration dans des contextes souvent marqués par la souffrance et la contrainte médicale.
Comment est utilisé le dispositif au-delà des ateliers ?
Entièrement développée par l’Association, la plateforme numérique Kolibri centralise les carnets de voyage et propose des fonctionnalités adaptées aux besoins spécifiques des enfants, comme l’adaptation des polices pour les troubles DYS ou la création de mémory personnalisés à partir des photos des voyageurs. Des développements sont actuellement en cours afin de renforcer les usages éducatifs : nouveaux jeux de géographie, amélioration du téléchargement des carnets pour un travail interdisciplinaire en classe ou en service hospitalier, etc. Dans un contexte de généralisation du numérique, l’Association défend un usage collectif et accompagné d’Internet, afin qu’il soit au service d’un projet partagé, favorisant l’échange et la rencontre, à l’inverse d’un usage isolé.
Comment est structurée l’Association ?
L’enfant@l’Hôpital a fait le choix d’une structure légère et agile, qui repose sur 6 postes salariés (environ 4 équivalents TP), une dizaine d’animateurs sur le terrain et un réseau de bénévoles régionaux. Le siège social est toujours situé en région parisienne, mais l’organisation fonctionne de manière décentralisée avec des délégations régionales, notamment à Lille, Rennes ou Aix-en-Provence. Ce modèle garantit un fonctionnement relativement peu coûteux, ce qui permet d’affecter plus de 93 % du budget directement vers les actions menées auprès des enfants.
L’Association ne bénéficie plus aujourd’hui de subventions publiques régulières. Son modèle repose principalement sur le mécénat d’entreprise, le soutien de fondations et des partenariats privés. Certains soutiens sont fléchés vers des ateliers spécifiques, permettant une visibilité concrète de l’impact des contributions. Nous veillons dans tous les cas à construire des partenariats porteurs de sens, basés sur une recherche d’engagement réciproque et pérenne.
C’est le cas du soutien de l’APPA, par exemple ?
Effectivement, nous avons la chance de pouvoir compter sur l’APPA depuis une dizaine d’années, à travers un don annuel qui est fléché vers un atelier spécifique destiné à des enfants en temps de réadaptation dans un hôpital à Montreuil (93).
Concrètement, ce soutien permet de mettre en oeuvre un atelier hebdomadaire auprès de jeunes patients en phase de rééducation avec des contenus pédagogiques adaptés à leurs besoins spécifiques. Ce type de partenariats illustre la volonté de l’Association de construire des collaborations durables, ancrées dans des actions concrètes et directement bénéfiques pour les enfants ; au-delà de l’apport financier, il permet d’inscrire l’action dans le temps long, de sécuriser les ateliers et d’assurer une présence régulière auprès des jeunes concernés.
Quels sont vos grands projets de développement ?
Nous avons deux grands objectifs, actuellement, avec l’Association : le renforcement de l’implantation territoriale, notamment dans le Grand Ouest et le Grand Est ; et de nouveaux développements pour la plateforme Kolibri, afin d’enrichir les outils pédagogiques et d’encourager l’exploitation transversale des contenus par les équipes éducatives.
Au-delà des enfants, les équipes soignantes et éducatives soulignent effectivement l’apport des ateliers, qui constituent à la fois un temps d’observation privilégié et une parenthèse d’ouverture dans des environnements professionnels souvent soumis à de fortes tensions.
Quarante ans après sa création, L’enfant@l’Hôpital continue d’affirmer ses convictions : l’accès à la culture, à la découverte et à l’émerveillement est un levier essentiel de reconstruction, d’apprentissage et de lien social pour les enfants confrontés à la maladie ou au handicap. Nous avons aussi la chance de poursuivre la collaboration avec d’anciens voyageurs, qui deviennent bénévoles ou coordinateurs régionaux, illustrant la dynamique vertueuse et pérenne du dispositif.
Avez-vous un message pour les praticiens qui seraient intéressés par votre projet ?
Au-delà de l’action existante, L’enfant@l’Hôpital souhaite effectivement renforcer le dialogue avec le monde médical car de nombreux praticiens, notamment en fin de carrière ou investis dans des dynamiques associatives, disposent d’une expertise, d’un réseau et d’une capacité d’engagement précieux pour accompagner ce type de projet.
Il existe de nombreux moyens de s’engager et la liste n’est évidemment pas exhaustive : accompagner l’implantation d’un atelier dans un service hospitalier ; faciliter la mise en relation avec des équipes ou des directions hospitalières ; participer à des temps de présentation ou d’échange. Nous sommes pleinement disponibles et intéressés pour rencontrer les équipes médicales sensibles au projet et étudier les modalités d’un partenariat adapté aux contraintes et aux priorités de chaque établissement.
Rédacteur : Gabriel Viry, Directeur de l’agence KIBLIND
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Autrices de « Comment les écrans agissent sur nos bébés et nos ados, Ce qu’en dit la science », Dr Nicole Garret-Gloanec et Dr Anne-Sophie Pernel sont pédopsychiatres et adhérentes de l’APPA. Elles se sont intéressées aux effets des écrans sur les plus jeunes, en collectant et en analysant de nombreuses études internationales.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours respectif ?
Anne-Sophie Pemel : Je suis pédopsychiatre, cheffe de service à Angers. J’ai fait mon internat à Nantes où j’ai rencontré Nicole Garret-Gloanec. A côté de mon exercice à l’hôpital, je me suis également investie dans différentes organisations au service de la discipline : j’ai notamment été secrétaire de la Fédération Française de Psychiatrie, et je participe encore aujourd’hui à la Société de l’information psychiatrique et au SPH.
Nicole Garret-Gloanec : Quant à moi, je suis pédopsychiatre honoraire. Mon parcours m’a menée de La Roche-sur-Yon à Saint-Nazaire, puis à Nantes où j’ai terminé ma carrière comme cheffe de service d’un secteur de pédopsychiatrie au sein du CHU. J’ai également été secrétaire générale du SPH à une époque, ainsi que présidente de la Société de l’information psychiatrique et de la Fédération française de psychiatrie. J’ai également eu différentes fonctions au sein de la Haute Autorité de Santé, de la Fédération de spécialité médicale et du Haut Conseil de santé publique. A l’hôpital, j’ai principalement axé mon exercice sur les tout-petits, notamment sur la tranche 0-3 ans à travers des consultations et une unité mère-bébé.
Comment est né ce projet de livre ?
N.G-G. : Dès nos premières collaborations sur les tout-petits, nous avons constaté
l’impact des écrans, d’abord la télévision, puis les autres. Nous nous sommes beaucoup intéressées à cette question. Depuis longtemps, nous voulions faire un article sur l’effet des écrans, mais nous avions d’autres urgences et travaux en commun.
Après le confinement et l’explosion de l’usage des smartphones, nous avons observé que l’impact était différent du fait des usages et du matériel eux-mêmes différents.
Sur quelles sources vous êtes-vous appuyées ?
N.G-G. : Nous avons travaillé sur 250 à 300 articles de la littérature scientifique internationale que nous avons hiérarchisés, en ne gardant que ceux qui avaient un poids relativement important. Nous avons également utilisé l’ensemble des enquêtes disponibles en France (la Fondation Open, l’UNAF, le Conse il National du Livre, etc.) et le Common Sense Média, aux Etats-Unis, qui fait un travail très intéressant avec la participation des adolescents comme ambassadeurs. Les études viennent de partout : principalement du Japon, de la Chine, des États-Unis, mais aussi de l’Europe notamment en Angleterre, et de l’Australie.
Nous disposions donc de beaucoup de données d’enquêtes qui se précisaient et s’affinaient. Les recherches devenaient aussi plus solides en nombre et en méthodologie, pour étudier les différents types d’écrans, les usages, les temps d’écrans et également les covariables…
Qu’est-ce qu’une covariable ?
N.G-G. : Quand vous faites une recherche scientifique, vous devez vous demander si l’effet observé vient de ce que vous étudiez ou de tout ce qu’il y a autour ; autrement dit il n’est pas possible d’établir scientifiquement une relation de cause à effet sans étudier ces covariables.
Ce qui apparait très nettement et depuis longtemps avec les écrans, c’est qu’il y a des covariables que l’on retrouve très fréquemment en santé mentale : les facteurs socio-économiques, les antécédents cliniques, la monoparentalité, et d’autres facteurs de vulnérabilité qui existent et peuvent impacter l’analyse.
Est-ce ainsi l’écran qui produit l’isolement, les troubles du langage, le retard cognitif, l’impulsivité, ou bien ce type de covariables ? Les études intègrent de plus en plus ces éléments, dès le départ, pour pouvoir les neutraliser ensuite sur le plan statistique.
Qu’avez-vous découvert en analysant ces études ?
A-S.P. : En lisant les rapports, nous avons constaté qu’il y avait deux camps opposés concernant l’analyse des effets. D’un côté, ceux qui pensaient que les effets étaient graves et, de l’autre, ceux qui estimaient qu’il n’y avait pas de lien de causalité direct, avec la nécessité d’agir plutôt sur les covariables : permettre un environnement attentionné, ouvert sur l’extérieur, sur la nature et sur la culture, offrir un accompagnement de qualité, une formation, etc. Pour ces derniers, ce ne seraient donc pas forcément les écrans qui posent problème, mais un environnement qui manque à certains jeunes et qui produit les effets observés.
N.G-G. : En lisant les études, nous nous sommes aperçues que beaucoup prenaient en compte les mécanismes des effets avant d’étudier les effets eux-mêmes. Ces mécanismes étaient assez solides et apparaissaient, dans toutes les études, selon trois types principaux…
A-S.P. : Ces trois types sont, premièrement, les interactions : les effets agissent par l’intermédiaire de la réduction des interactions directes. Deuxièmement, le sensoriel : l’impact sur la sensorialité, que ce soit celui de la lumière sur le sommeil dont le déficit est médiateur des troubles anxieux et dépressifs, ceux des stimuli, non filtrés, rapides et intenses sur l’audition et la vision qui peuvent créer une sensorialité atypique telle qu’observée dans les TDAH. Troisièmement, la régulation émotionnelle. Ces trois mécanismes ont été mis en parallèle avec le développement cérébral : lorsqu’on les articule ensemble, on comprend comment ils produisent des effets sur des périodes sensibles du développement, du premier âge à l’âge adulte.
Pourquoi vous êtes-vous concentrées sur les 0-4 ans et les 11-15 ans ?
A-S.P. : Ce sont des moments du développement qui sont très importants.
Chez le tout-petit, l’ensemble de la base du développement se met en place dès le plus jeune âge : le langage, la relation, le cognition, dans l’interaction et l’expérimentation. C’est donc à ce moment-là que nous observons les effets les plus délétères.
L’adolescence est similaire, c’est un moment de remaniement cognitif et cérébral important. C’est à la fois une période riche et un moment de vulnérabilité.
Entre les deux, ce n’est pas là qu’il y a le plus de difficultés : les enfants sont à l’école, donc ils ne sont pas sur les écrans toute la journée !
N.G-G. : Chez les tout-petits, pour compléter, c’est un moment où se produit un développement des aires sensorielles et motrices très important. Cela se fait à travers l’expérimentation de son corps en trois dimensions, dans la relation aux objets et, bien-sûr, aux adultes.
La deuxième période, de 11-13 ans jusqu’à 15 ans environ, correspond à un moment particulier : l’enfant acquiert des compétences mais n’a pas les capacités de les réguler et de les planifier. Dans le développement cérébral, le striatum et l’amygdale, c’est-à-dire les structures liées à l’émotion et à la motivation, elles se développent, mais le cortex préfrontal, impliqué dans la planification et l’inhibition, n’est pas encore mature. Il y a un déséquilibre…
Pourquoi avoir démarré l’étude après la crise sanitaire ?
A-S.P. : Tous les jeunes ont été enfermés chez eux, dont beaucoup devant les écrans, y compris les tous-petits. Les parents télétravaillaient et n’avaient pas toujours le choix que de laisser les enfants devant les écrans. Cela correspond aussi à une période où la technologie s’est beaucoup développée. Les réseaux sociaux existaient déjà, mais ils ont été beaucoup plus utilisés à partir de cette période. Puis il y a eu la légitimation des écrans dans l’environnement scolaire avec les outils dématérialisés, comme Pronote : les écrans sont davantage progressivement entrés dans les écoles et les collèges, ce qui constitue un véritable point de bascule.
Quels sont les impacts des écrans sur la vie des enfants ?
N.G-G. : Les études montrent clairement d’importants retards du langage, mais aussi dans tout ce qui relève du relationnel et du cognitif. A cause des écrans, l’activité physique a également diminué de façon considérable, ainsi que la qualité du sommeil.
A-S.P. : Il y a aussi la question du livre. Le Conseil National du Livre, dans son enquête, constate que les jeunes ne lisent pas un livre sans faire autre chose. Ils ne passent pas plus de quelques minutes sur un livre sans être happés par une notification ou par une autre tâche. Cela témoigne de troubles considérables de l’attention.
Ces mécanismes diffèrent-ils selon les classes d’âges, par exemple entre les tout-petits et les adolescents ?
A-S.P. : Ce ne sont pas du tout les mêmes écrans, mais les mécanismes sont finalement assez proches.
Les enfants sont de plus en plus seuls avec les écrans dans leur chambre. Au départ, c’est partagé avec la famille dans le salon, puis progressivement, ce sont d’autres écrans qui sont utilisés différemment et sans aucun accompagnement.
N.G-G. : Il y a aussi une modification du type d’appareil. La télévision en arrière-plan peut être toxique, mais quand elle est dans le salon, un partage avec l’adulte est possible. Avec un smartphone, par définition, on ne partage pas facilement…
Nous observons aussi des étapes-clés : l’exposition à 12 mois, l’entrée à la maternelle avec une augmentation de l’exposition aux écrans, puis le passage au collège, etc. Il y a des modifications de quantité, de durée, mais aussi de type d’utilisations.
Pouvez-vous nous expliquer, en quelques mots, la notion de « technoférence » ?
A-S.P. : Cela désigne l’interruption des interactions sociales causée par l’utilisations des appareils numériques par les parents, qui est un point très important ! Quand l’enfant est devant un écran, il n’est pas en interaction avec son environnement.
Mais il y a aussi le sujet des parents qui sont sur leurs écrans : l’enfant interpelle le parent mais celui-ci n’est pas disponible. Cela a les mêmes effets : c’est un moment où on ne soutient pas l’enfant, on ne s’ajuste pas, on ne l’accompagne pas…
Y a-t-il une relation dose-dépendante dans les classes d’âges étudiées ?
A-S.P. : Pour les tout-petits de moins de quatre ans, il existe une relation dose-dépendante et une relation de cause à effet prouvée. La toxicité est claire et nette, tout le monde l’accepte. Pour les adolescents, c’est plus compliqué. La durée n’est pas suffisante comme critère même si, au-delà de cinq heures, l’ensemble des études suggère fortement une relation dose-dépendante. Il existe un faisceau de preuves relativement important.
Quelle est votre position sur l’interdiction des réseaux sociaux avant un certain âge ?
N.G-G. : La référence à un interdit qui serait extérieur n’empêchera pas certains de le faire quand même, au même titre que l’interdiction de conduire avant un certain âge ou de consommer de l’alcool. Ceci dit, ce type de mesures permettra cependant d’avoir une référence autour du risque, du danger et des limites, même si on y contrevient. On peut espérer que l’interdiction amènera plus de jeunes à utiliser les écrans à meilleur escient.
Cela soutiendra aussi davantage les parents en difficulté pour apporter autre chose ou solliciter de l’aide, peut être même les adolescents qui prennent conscience de leur utilisation excessive.
Et qu’en est-il pour la première cible de votre étude, les 0-4 ans ?
A-S.P. : Pour les tout-petits, c’est déjà interdit. C’est inscrit dans les carnets de santé et les annonces sont très nettes partout : pas d’écran avant 3 ans ! Malheureusement, ce n’est pas toujours respecté.
L’enjeu n’est pas d’interdire pour punir, mais plutôt de faire en sorte que chacun puisse s’approprier le sujet et prendre conscience du danger.
Rédacteur : Gabriel Viry, Directeur de l’agence KIBLIND
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Le site de l’APPA vient de remanier l’intégralité des pages consacrées aux différents statuts de médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers et hospitalo-universitaires ainsi que ceux des étudiants et internes.

Besoin d’aide ?
Nos conseillers restent disponibles par téléphone : 09 69 36 37 10 ou par mail : gestion.appa@besse.fr pour échanger et vous accompagner dans vos démarches.
Cette refonte a pour objectif de rendre plus lisible les différents textes législatifs et réglementaires qui vous concernent, avec une mise en page plus claire.
Tous les textes cités font l’objet de liens vers les sources en ligne des textes officiels, disponibles le plus souvent sur Legifrance et mis à jour en temps réel.
Ces informations sont regroupées en 3 grands chapitres :
– les statuts des personnels ;
– Les rémunérations ;
– La permanence des soins à l’hôpital ;
En fonction de la nature des textes parus, les liens seront mis à jour automatiquement s’ils sont sur Légifrance ou ajoutés sur le site de l’APPA s’ils n’y sont pas.
Rédacteur : Dr Jacques Trévidic, administrateur de l’APPA
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Le Président de l’APPA, revient sur les réalisations et les temps forts de l’année 2025 tout en partageant les perspectives et les projets pour 2026.

45 ans de l’APPA : réflexion sur la souffrance au travail à l’hôpital lors du congrès SIP-SPH en octobre.

Correspondants locaux : journée de séminaire du 19 septembre.

Afterwork : l’APPA aux côtés des internes de l’ALI2P à Lille le 25 novembre.
Cher(e)s Collègues,
En cette fin de première année du mandat de la nouvelle équipe, je souhaite vous éclairer par un point d’étape sur nos engagements.
Je vous adresse tout d’abord mes remerciements pour la confiance que vous nous avez accordée.
Nous poursuivons les actions engagées par le précédent Conseil d’Administration dans un climat de collégialité bien au cœur des valeurs de l’APPA.
Les administrateurs se sont investis avec force dans les nouveaux projets discutés et portés par les différentes commissions et je les en remercie ici très chaleureusement.
Nous souhaitons apporter avant tout des réponses personnalisées et ce au plus près des besoins de solidarité de chacun des adhérents.
Nos partenaires qui partagent nos convictions, le Cabinet Bessé en premier lieu, notre assureur Generali et notre gestionnaire Mercer s’y emploient avec l’excellence de leurs expertises et la qualité de leurs équipes.
L’APPA est en premier lieu une association d’internes, de praticiens hospitaliers et libéraux et c’est bien cet esprit associatif qui la différencie fortement d’autres organismes.
Notre volonté est bien de permettre à chaque adhérent de s’y trouver chez soi et d’y trouver le soutien essentiel au sein des liens familiers de l’APPA.
Alors pour tous ces engagements je soulignerai ici quelques actions fortes de cette année 2025 !
45 ans de solidarité avec l’APPA !
En 1980, alors que PINK FLOYD ajoutait une autre brique au mur, que FRANCE GALL jouait du piano debout, que LIO dégustait le banana split et que POLICE marchait sur la lune, quelques praticiens hospitaliers se lançaient dans une aventure qui fête ses 45 ans !
Cette année-là, des praticiens hospitaliers relevèrent le défi de lancer l’APPA afin d’offrir une protection sociale digne de ce nom à tous les collègues qui les rejoindraient ainsi qu’à leurs proches.
Ils souhaitaient mettre leurs compétences et expériences à profit pour développer des actions de soutien et de solidarité, une assurance santé et surtout une protection en prévoyance pour préserver les revenus en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité mais aussi l’avenir de leurs proches en cas de décès.
Ils firent le choix de l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics par la création d’une association autonome dirigée par des praticiens et pour les praticiens.
Nous avons célébré ces 45 ans lors des Journées de la Société de l’Information Psychiatrique par l’organisation d’un Symposium APPA « La crise à l’hôpital, quelle souffrance au travail, quelles solutions ? ».
Nos experts en protection sociale !
Nous exigeons que nos partenaires en protection poursuivent leurs accompagnements sur les valeurs et les exigences que nous portons pour tous nos adhérents et leurs familles.
J’ai demandé à les rencontrer régulièrement pour des réunions de travail et des visites sur place afin de leur rappeler nos attentes.
Je commence par notre courtier Pierre Bessé avec qui nous entretenons un riche dialogue quotidien et qui m’a aussi reçu fin mai avec ses équipes au siège social Bessé à Nantes. Ce fut aussi l’occasion de découvrir le fonctionnement de ce beau et solide groupe qui poursuit sa diversification en s’appuyant avant tout sur l’humain.
J’ai également été reçu en début d’année au centre de gestion Mercer à Wasquehal par les responsables en charge de la gestion des garanties Santé de l’APPA. Nous avons rappelé les fortes attentes que nous portons pour nos adhérents en termes de qualité de suivi, de réactivité. J’ai rencontré l’ensemble du personnel et exploré le plateau technique. Nos remarques ont été prises en compte sur des évolutions nécessaires concernant les outils d ’accompagnement et de nouvelles solutions en 2026.
Une autre rencontre sur place dans leurs locaux de Nantes avec les Directeurs du Réseau SANTÉCLAIR m’a permis de découvrir les exigences de sécurité, qualité et d’expertise demandées à leurs partenaires. Nous avons rencontré les différentes équipes pluriprofessionnelles qui vous accompagnent, qui nous ont reçues en toute transparence, ayant pu partager le quotidien de leur exercice. Elles nous ont fait percevoir l’importance pour l’avenir de nos contrats de cette structure.
Les Commissions de travail du Conseil d’Administration de l’APPA
Le Conseil d’Administration a souhaité construire ses décisions et sa stratégie sur la réflexion d‘une dizaine de commissions pilotées par les administrateurs volontaires.
Je vous présente ici trois axes de travail particulièrement mis en avant cette année :
1. Commission Statuts Hospitaliers
Ces collègues assurent des travaux de suivi de tous les statuts hospitaliers afin de maintenir une visibilité claire sur les évolutions et d’adapter les garanties proposées par notre courtier et soutenues par notre association.
Cela nous a permis d’actualiser et simplifier la rubrique « statuts hospitaliers » de notre site associatif APPA qui reste ainsi très référencé par son expertise, n’hésitez pas à la consulter !
2. Commission Fonds d’Intervention
Créé depuis plus de 30 ans, le Fonds d’intervention est notre « bien commun », à la disposition de chacun des membres de l’association, que l’on soit interne, praticien ou retraité.
Il se réunit régulièrement et a étudié de manière totalement anonyme les demandes de collègues qui vivent des situations financières difficiles liées à un handicap ou à un accident de la vie.
Je rappelle qu’en 2025 l’association a voté un financement de cette aide, à hauteur de 75 000 euros et que nous sommes les seuls à proposer ce fonds solidaire.
3. Commission Correspondants Locaux
Nous souhaitons véritablement favoriser la proximité des actions de l’APPA par le déploiement de nos correspondants locaux dans toutes les régions.
Ce sont ces collègues en activité, adhérents et volontaires, qui peuvent transmettre par le « bouche à oreille » dans leurs établissements l’information sur les propositions et actions de l’APPA.
Les Correspondants Locaux se sont réunis en septembre avec les membres du Conseil d’Administration pour une journée de séminaire qui a permis d’avancer sur les solutions APPA et les moyens de les faire connaître.
N’hésitez pas à nous rejoindre ! Si cette fonction vous intéresse, nous vous attendons !
Les membres du conseil d’administration sont aussi intervenus en soutien des collègues par leur présence sur des réunions locales ou par des webinaires sur la protection sociale, la santé au travail, les conflits à l’hôpital… Cet axe de travail prioritaire doit être amplifié en 2026.
Nos partenariats
Le Conseil d’Administration a développé en 2025 de nombreux partenariats avec d’autres associations d’internes de différentes spécialités ainsi qu’avec des syndicats médicaux qui partagent nos valeurs solidaires et confraternelles.
Nous avons ainsi organisé des webinaires sur des sujets de santé et de protection, organisé des symposiums dans les congrès, participé aux bureaux de certains partenaires ainsi qu’à des temps forts et conviviaux.
A titre d’exemple, et cela remonte tout juste au 25 novembre, le Dr Bertrand Lavoisy administrateur APPA et moi-même, sommes intervenus lors d’un « afterwork » de l’Association Lilloise des Internes en Psychiatrie et du Post Internat (ALI2P), qui réunissait toute la promotion de nouveaux internes 2025 ainsi que certains plus anciens.
Dans une bonne ambiance et un accueil top, nous avons présenté l’APPA à une assistance attentive et distribué à ces futurs psychiatres l’ouvrage « Ordonnances en Psychiatrie et Pédopsychiatrie », ce qui a été fort apprécié.
Un autre événement remarquable fut le Symposium organisé par l’APPA en partenariat avec les équipes organisatrice du Congrès Hopipharm et le SYNPREFH en mai 2025 à Nantes « Conflits à l’hôpital, Risques Psychosociaux, les Solutions apportées par l’APPA ».
Ce temps intensif de formation et d’échanges sur ces sujets sensibles pour les pharmaciens a été animé par une nouvelle administratrice de l’APPA, le Dr Delphine Bourin, également trésorière du SYNPREFH.
Plus de 120 pharmaciens ont participé activement aux riches discussions et témoignages en lien avec les interventions des Docteurs Véronique Demazière, Éléonore Martin, Jacques Trevidic et Marc Bétrémieux.
Un troisième exemple concerne le partenariat engagé avec le Syndicat des Médecins Réanimateurs (SMRéa) dont le Dr Samia Touati, membre du CA SMRéa, a également rejoint le Conseil d’Administration de l’APPA.
Pour ce partenariat, le Dr Jean-Pierre Provoost vice-président a participé à une matinale du SMRéa avec un échange avec son Président le Dr Djillali Ananne, ce qui a été une belle occasion de rappeler l’importance de la prévoyance.
Pour conclure ce partage qui se limite bien évidemment dans cette lettre à quelques exemples de nos actions, je souhaite rappeler que tous vos représentants exercent leur mandat à titre bénévole.
Je les remercie sincèrement de leurs compétences, du temps et de l’énergie qu’ils consacrent à l’APPA. Un grand merci aux membres du bureau et aux trésoriers qui ont la lourde tâche de veiller à l’équilibre de nos comptes associatifs.
Enfin je souhaite revenir sur les avancées construites en 2025 dans l’excellence des garanties proposées par notre courtier Bessé et négociées par l’APPA. Cela se fait grâce aux échanges intensifs lors des réunions du Conseil d’Administration sur l’évolution des contrats adaptés aux différents statuts de nos adhérents et avec le soutien et l’expertise en la matière des équipes Bessé.
Cette année a permis le déploiement d’un Contrat « Début de Carrière » pour les hospitaliers, ce qui était une demande de nos jeunes collègues.
Nous avons travaillé à la suite d’échanges avec une URPS sur une évolution qualitative de nos contrats pour les Praticiens d’exercice libéral avec une perspective en début 2026.
Une autre réflexion en cours concerne une amélioration des solutions pour les retraités.
Nous avons exigé un renforcement qualitatif de nos contrats pour les Praticiens Hospitaliers dans le cadre des négociations pluri annuelles qui prendront effet le 1 janvier 2026. Un courrier vous est adressé reprenant précisément l’ensemble de ces avancées.
Votre association l’APPA continuera en 2026 à vous construire des réponses nouvelles et d’excellence.
Je renouvelle au nom du Conseil d’Administration nos remerciements pour votre confiance dans nos actions.
En vous souhaitant ainsi qu’à vos proches de belles et chaleureuses fêtes de fin d’année.
Rédacteur : Dr Marc Bétrémieux, Président Association APPA.
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Du 10 au 12 décembre derniers, l’association APPA était présente au Congrès Français de Psychiatrie, au Palais des Festivals de Cannes.



Aux côtés de notre président, Marc Bétrémieux, nos administrateurs Teim Ghanem et Bertrand Lavoisy ont représenté l’association durant trois journées riches en échanges et en rencontres.
Le beau stand a reçu de nombreuses visites et nous avons accueilli les nombreux collègues avec le soutien de Kathy Cémon, responsable commerciale et Claire Ranely, responsable gestion de notre courtier Bessé.
Nous avons eu le plaisir d’échanger avec nos adhérents, des soignants engagés, ainsi qu’avec de nombreux centres hospitaliers soucieux du bien-être de leurs équipes.
Ces discussions ont confirmé que la santé mentale et la qualité de vie au travail demeurent des enjeux majeurs dans l’exercice de la psychiatrie.
Des enjeux au cœur des échanges
Au fil des rencontres, deux sujets sont revenus avec force :
- La souffrance au travail : burn-out, conflits, surcharge… Deux témoignages, celui d’un interne et d’un praticien hospitalier récemment devenu chef de service, nous ont particulièrement interpellés, soulignant l’urgence d’un accompagnement réellement adapté.
- La prévoyance adaptée aux réalités du terrain : un contrat sur-mesure est indispensable pour protéger ceux qui consacrent leur quotidien à prendre soin des autres face aux imprévus de la vie professionnelle et personnelle.
L’APPA, engagée pour le bien-être des soignants
Ce congrès a également permis de rappeler la mission essentielle de l’APPA : prévenir, protéger et soutenir les soignants tout au long de leur carrière. Symposiums, webinaires, rencontres en établissements… nous allons continuer nos actions pour être présents au plus près des soignants et de leurs besoins.
Les établissements présents au CFP nous ont déjà confirmé leur vif intérêt pour venir à la rencontre de leurs internes et praticiens !
En résumé, trois jours intenses, riches en échanges et en enseignements, qui réaffirment notre engagement : prendre soin de ceux qui prennent soin des autres.
Rédacteurs : Dr Marc Bétrémieux, Président de l’Association APPA et Kathy Cémon, Responsable commerciale chez Bessé.
Catégorie : Association
Le Congrès Français de Psychiatrie (CFP) est le rendez-vous annuel incontournable des professionnels de la psychiatrie. Il réunit chaque année plus de 4 000 participants autour de thèmes scientifiques et professionnels.


Cette année, l’APPA sera présente au CFP qui se tiendra du 10 au 13 décembre 2025 au Palais des Festivals et des Congrès à Cannes sur le thème “Lumière”. Un évènement riche en échanges, avec au programme : des rencontres avec des experts, des sessions thématiques, des débats et des conférences.
Venez à la rencontre de l’APPA !
L’APPA sera présente au stand n°31, où vous pourrez découvrir les solutions de prévoyance et de complémentaire santé dédiées aux praticiens hospitaliers, aux internes et aux médecins libéraux. Les administrateurs de l’association et nos équipes d’experts se tiendront à votre disposition pour répondre à vos questions.
Rédactrice : Célia Fernandes, Assistante Marketing chez Bessé.
Catégorie : Association
A l’occasion des 45 ans de l’APPA, un symposium a été organisé à Antibes au congrès de psychiatrie SIP-SPH. Parmi les intervenants, Marie Pezé et Nicolas Doudeau nous partagent leur témoignage sur cet événement.

De gauche à droite : Nicolas Doudeau, Marie Pezé et Dr Jacques Trévidic.


De gauche à droite : Dr Marc Bétrémieux et Dr Jean-Charles Pascal.
Témoignage de Marie Pezé
L’accélération du travail est un voleur de vie
Que dire sur le symposium de l’APPA sur « La crise de l’hôpital, quelle souffrance au travail, quelles solutions » le vendredi 3 octobre 2025, au cœur du congrès de psychiatrie dont le thème était la crise ?
Ce fut d’abord la joie des retrouvailles avec la fine équipe des praticiens bénévoles qui font vivre cette association comme je fais vivre le réseau des consultations Souffrance et travail. La joie devant le travail commun, le travail collectif devant la santé dégradée de nos pairs, des patients en général.
La joie aussi de constater que partout dans les territoires émergent des réseaux de prise en charge qui se mobilisent sans tout attendre des institutions, trop défaillantes. APESA pour les chefs d’entreprise, HELPEN pour l’Éducation nationale, SPS pour les soignants, Souffrance et travail et tant d’autres que je ne peux citer pour tous ceux qui se sentent seul, petit et sans arme devant le rouleau compresseur des nouvelles organisations du travail.
Les soignants, comme tant d’autres professionnels, que l’on a ponctuellement applaudi à nos fenêtres, évoquent depuis des années le manque d’effectifs, les flux tendus, les statuts précaires et l’épuisement devant des soins dégradés, l’intensification du travail, la perte de l’autonomie. L’injonction « au travail à tout prix pour sauver des vies » s’est déployée dans un environnement professionnel tout aussi dégradé qu’avant par le manque de masques, d’EPI, de matériels de ventilation, de kits et réactifs pour les tests diagnostic, de produits de sédation, de temps, de compétences, de perspectives sur la durée de l’investissement.
Si les soignants ont tenu, c’est aussi grâce aux retrouvailles avec le travail collectif, l’autonomie de décision dans les soins, la mise au rebut temporaire du chiffrage constant de l’activité, le retour à l’inventivité, au sens du soin. Le retour à une autonomie procédurale et au sens du travail a, comme par miracle, rendu leur énergie aux soignants épuisés confirmant ce que disent les cliniciens du travail : le terreau du burn-out chez les soignants n’est pas tant la charge de travail que la perte de sens du soin et la souffrance éthique de mal faire son travail. Il faudrait tirer ces leçons de cette période inédite.
Malheureusement, l’exemplaire construction collective que le monde des soignants a mis en œuvre par temps de pandémie, s’est dissoute dans le retour frénétique au monde d’avant, celui des tableaux de bord, de la santé réduite aux algorithmes dont on a vu qu’ils étaient sans effet sur le COVID.
Le retour « à l’hôpital d’avant », s’il signifie la fin de la visibilité des héros du moment, a été ressenti comme un abandon, un mensonge, voire une trahison. Or, celle-ci peut conduire à des effondrements psychiques ou physiques.
Beaucoup se sont interrogés, lors de cette table ronde sur les raisons de cette dégradation : certains ont produits de remarquables études chiffrées sur l’état des internes comme le Président de l’AFFEP Nicolas Doudeau, d’autres ont enfoncé le clou de la médiation des conflits comme le docteur Jacques Trévidic, tandis que les fondateurs rappelaient les missions fondatrices de l’APPA.
Je resterai sur cette idée de crise qui n’en est pas une, mais qui déclenche nos crises psychiques, physiques, sociales.
Car voici qu’arrivent dans nos consultations, les cadres sup, les managers de projets, les directeurs généraux, les DAF, les directeurs d’hôpitaux, les médecins… Tous ces grands professionnels à la personnalité solide, si sûrs de leur métier, de leur implication, corps et âme, si identifiés à leur entreprise, à leur institution, s’essouffleraient donc, eux aussi ?
Eux aussi racontent qu’ils vont travailler à reculons depuis quelque temps, la peur au ventre. Qu’on leur demande de faire de « sales petites choses », qu’ils ont mis en place les systèmes de pilotage, qu’ils contrôlent tout en temps réel, qu’ils contrôlent en fait un travail théorisé, faussement objectif, qu’il faut désormais tricher sur les résultats, sur les bilans pour légitimer ce système devenu fou. Ou bien rajouter plus de normes, de procédures, de contrôles. Qu’ils sont épuisés par la charge de travail et la perte du sens de ce qu’ils font.
Celui qui s’en sort dans les organisations actuelles du travail n’est pas, comme autrefois, le plus fort, le plus intelligent, mais le plus rapide. L’augmentation de la cadence des tâches à accomplir est présente partout, dans tous les secteurs professionnels, à des niveaux d’intensification qui pulvérisent les seuils neurophysiologiques et biomécaniques.
Les effets de l’hyperactivité sur la santé sont connus : épuisement physique et psychique, troubles du sommeil, de l’éveil, de l’attention, de la concentration, de la mémoire. Troubles cardio-vasculaires, mort subite au travail, accidents, conduite addictive, suicides…
L’organisme humain a des cycles, des alternances de veille et de sommeil, des pics de production de certaines hormones. Si on soumet l’organisme à une intensification des tâches sur un temps trop prolongé, il fabrique des toxines, il doit mobiliser beaucoup de cortisol pour tenir, il sur-fonctionne en permanence.
Ce corps inoxydable, ce « corps machine » que veut l’organisation du travail, n’existe pas. Ce corps-là est un moyen, juste une force motrice.
Le nôtre est une origine.
Sans véritable moyens ou concepts permettant la déconstruction de la mise en œuvre de la casse de l’hôpital, Le burn-out a surgi comme un mot-valise mis à toutes les sauces. Nos « athlètes/ esclaves de la quantité » font des syndromes d’épuisement professionnel s’actualisant sous des formes diverses dont la terminologie de burn-out ne rend pas compte suffisamment finement, au risque de devenir comme le harcèlement moral, un nouveau concept poubelle : on peut ne pas arriver à mettre le pied à terre un matin, ou bien faire un AVC, ou trouver la fenêtre derrière le bureau du N+1 bien tentante, ou exploser en sanglots dans une réunion.
On qualifiera le burn-out de syndrome de désadaptation à des organisations du travail pathogènes, à l’accélération frénétique de nos fonctionnements neurophysiologiques, bref à un des aspects de la psychopathologie des violences collectives définie par F. SIRONI.
Le burn-out est de surcroît dans une phase de récupération médiatico-sociale qui écrase la possibilité de faire un diagnostic nuancé. D’autres tableaux cliniques liés au travail existent mais sont méconnus, au profit d’intitulés venus d’ailleurs, bore out, Brown out. Rajoutons que la CPAM ne reconnait que les troubles suivants hors tableau : trouble anxieux généralisé, dépression, stress post-traumatique).
Certains dans la salle s’étonnaient de la gravité des décompensations, se souvenant qu’ils travaillaient de façon forcenée dans leur jeunesse, s’interrogeant sur le manque d’engagement peut-être des nouvelles générations.
- C’est oublier que le travail en mode dégradé, est le terreau de l’épuisement professionnel ;
- Procéduraliser à outrance le travail asphyxie le travailleur sous des tâches de traçabilité, de reporting ;
- Travailler de façon trop séquencée, sans vision du produit fini, entraîne une perte de sens de son travail ; cette taylorisation a envahi tous les métiers ;
- Travailler à la limite du « mal faire » et de l’illégalité, sans les moyens, le temps, les effectifs, génère des souffrances éthiques surtout lorsque la sécurité du patient est impliquée ;
- Donner trop de travail permet d’obtenir un surcroît de productivité mais place le travailleur dans une hyperactivité compulsive qui l’empêche de penser à son état.
Le corps peut démissionner si le déséquilibre entre temps biologique et temps du travail est trop grand. Derrière le bruit des machines, il y a le silence des hommes, dit Jean Auroux qui a tant œuvré pour y mettre fin. Le bruit feutré des mains qui règlent, ajustent, conçoivent, réparent, pas très loin d’ici, les mains des compagnons du devoir qui reconstruisent Notre-Dame. Honorons le travail avant qu’il ne soit trop tard.
Marie Pezé, psychanalyste et fondatrice du réseau Souffrance et Travail
Témoignage de Nicolas Doudeau
J’ai eu la chance de participer au symposium de l’APPA, notamment sur la souffrance au travail, permettant de mettre en avant le mal-être des internes à travers la présentation des résultats de l’enquête sur la santé mentale des étudiants en médecine en 2024, puis de propositions de solutions, avec en première solution possible et simple, l’application de la “Loi dans nos internats”.
L’échange qui m’a le plus marqué vient de l’ancien président de l’APPA, Dr Jean-Pierre Provoost, qui a pu décrire que cette enquête lui permettait de voir plus clairement ce phénomène du mal-être des internes, difficilement perceptible à cause de l’habituation que nous avons dans nos hôpitaux à notre cadre de travail, trop souvent maltraitant les usagers et les soignants. Mais surtout que ce phénomène n’est pas nouveau et qu’il faut qu’on continue de lever le voile sur tous ces phénomènes.
Nicolas Doudeau, Interne en Psychiatrie et Président de l’Association Française Fédérative des Étudiants en Psychiatrie (AFFEP)
L’APPA remercie chaleureusement Marie Pezé et Nicolas Doudeau d’avoir pu intervenir lors de ce symposium organisé pour les 45 ans de l’APPA.