Rencontre avec Marie Rouxel Thomat, Présidente de l’AFFEP
« Au-delà de notre statut étudiant, il ne faut jamais oublier que nous sommes avant tout des médecins en formation ! »

Marie Rouxel Thomat, interne en psychiatrie et Présidente de l’AFFEP
Interne en psychiatrie à Dijon, Marie Rouxel Thomat a pris une année de césure pour mener à bien son cursus complémentaire en neurosciences et ses engagements associatifs au service de la spécialité. Nouvelle présidente de l’AFFEP, elle milite pour veiller et améliorer les conditions de travail des internes, tout en favorisant l’attractivité générale de la discipline.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a mené à la présidence d’AFFEP ?
Je n’ai pas un parcours particulièrement linéaire. Je suis interne en psychiatrie à Dijon et mon engagement associatif est venu assez naturellement, mais aussi un peu par hasard… À la base, j’étais en lien avec une amie qui avait repris l’association locale des internes. J’ai commencé par m’impliquer dans la représentation des internes, car c’est un sujet qui me tenait à cœur. Ensuite, j’ai été amenée à participer à des rencontres nationales, où j’ai rencontré Nicolas Doudeau, mon prédécesseur à la présidence de l’Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie (AFFEP). On eu un vrai “matching” professionnel : il m’a proposé de rejoindre le bureau, puis de prendre progressivement de nouvelles responsabilités. J’ai ensuite occupé le poste de vice-présidente avant de lui succéder. Ce qui a été très formateur, c’est d’avoir une année en “double regard”, avec deux présidences différentes, ce qui m’a permis d’apprendre à la fois la gestion associative et la représentation nationale.
Vous êtes actuellement en année de césure ?
En effet, j’ai entrepris un Master 2 de neurosciences, avec une orientation vers la psychiatrie. J’ai choisi de faire une année de césure, durant mon internat à Dijon, pour pouvoir m’investir pleinement dans mes autres activités, notamment au sein de l’AFFEP : c’était important pour moi d’avoir du temps pour participer aux congrès, rencontrer des acteurs du secteur, développer des projets, etc. Actuellement, je suis dans un laboratoire qui dépend du Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations (CESP) et qui est rattaché à l’INSERM.
Pouvez-vous nous expliquer la mission de l’AFFEP ?
L’AFFEP c’est l’Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie. Elle a été créée en 1998, initialement pour représenter la spécialité, sur l’ensemble du territoire, au sein d’un réseau européen d’étudiants et d’internes en psychiatrie. Aujourd’hui, elle a plusieurs missions principales. D’abord, la formation : on veille à ce qu’elle soit cohérente et équilibrée entre les différentes villes. On partage les bonnes pratiques entre subdivisions. Ensuite, la représentation : on peut intervenir auprès des ARS ou des chefs de service, notamment en cas de difficultés ou de conflits
Enfin, l’Association a un objectif de valorisation de la discipline et de mise en réseau des internes entre eux, mais aussi avec d’autres spécialités.
Vous utilisez le terme “étudiants”, mais vous insistez sur le rôle de médecin…
Oui, c’est un point important. Administrativement, nous sommes des étudiants et ce statut est essentiel pour garantir nos droits : formation, temps de travail, encadrement, etc. Mais dans la réalité, nous sommes des médecins en formation : on a des responsabilités cliniques, on est en première ligne à l’hôpital. Donc il ne faut pas minimiser notre rôle et l’AFFEP est là, justement, pour maintenir cet équilibre.
Quels sont les grands enjeux actuels pour les externes et le internes de la spécialité ?
Il y en a plusieurs, mais le premier, c’est clairement les conditions de travail.
On est confrontés à des situations humaines parfois très difficiles et il faut être vigilant à ce que les internes ne souffrent pas, eux-mêmes, de leurs conditions d’exercice.
Donc, il y a une vraie attention à porter à la santé mentale des jeunes praticiens en formation et c’est une partie du rôle de l’AFFEP, comme je l’expliquais juste avant.
Ensuite, il y a l’attractivité de la psychiatrie. C’est une spécialité qui souffre encore d’une image parfois négative ou caricaturale, contre laquelle on tente de réagir. On participe notamment à des initiatives innovantes comme les Nuits de la psychiatrie. L’objectif, c’est de créer des formats plus interactifs, comme du “speed dating” entre étudiants et praticiens, en favorisant les échanges directs. Ça permet de montrer la diversité des pratiques (pédopsychiatrie, libéral, hospitalier, périnatalité, etc.) et de rendre la discipline plus concrète, plus accessible, pour les futurs praticiens.
Comment l’Association fonctionne-t-elle ?
On a une organisation décentralisée mais très collaborative, basée sur un bureau national d’une quinzaine de membres implantés sur l’ensemble du territoire. Pour mettre en oeuvre les décisions cet les projets, l’Association s’appuie le cas échéant sur un bureau restreint (président, secrétaire général, trésorier) et plusieurs vice-présidents sur des thématiques spécifiques. Concrètement, on se réunit une fois par mois et on organise deux assemblées générales chaque année. De façon générale, je tiens beaucoup à la valorisation du travail en équipe : les missions sont partagées, et chacun peut s’impliquer sur plusieurs sujets, selon ses intérêts et ses disponibilités.
Rédacteur : Gabriel Viry, Directeur de l’agence KIBLIND