Dans la vie d’une interne en psychiatrie
Adhérente à l’APPA, Océane Guirod termine sa première année d’internat en psychiatrie au CHU de Lille. Elle nous partage son quotidien d’interne, l’accompagnement dont elle bénéficie et sa vie en dehors de l’hôpital.


Océane Guirod, interne en psychiatrie et athlète en powerlifting
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit à la psychiatrie ?
Je viens de Lille, où j’ai fait tout mon cursus : le premier et le deuxième cycle, puis le troisième cycle avec l’internat de psychiatrie. Mon stage se termine dans une semaine et je passe ensuite en deuxième année. J’ai toujours voulu m’orienter vers la psychiatrie pour la relation de soin qu’elle permet avec les patients. C’est une spécialité très transversale, qui explore de nombreuses sphères de la vie du patient, à la différence d’une approche purement pharmacologique ou d’une relation causale à une maladie.
Pouvez-vous nous rappeler comment se déroule la formation et combien d’années d’étude vous reste-t-il ?
L’internat de psychiatrie dure cinq ans, dont deux de phase « socle ». On choisit ensuite entre la psychiatrie de l’adulte, qui est mon projet, et celle de l’enfant et de l’adolescent. Restent trois ans, dont une année de docteur junior. Je peux tout faire à Lille. La ville propose les deux options précoces, mais aussi des options tardives (psychiatrie légale, périnatale, de la personne âgée), de nombreuses FST (Formation Spécialisée Transversal) et des DU (Diplôme Universitaire). C’est un très bon endroit pour se former.
Comment se déroule une journée type à l’internat ?
Les modes d’exercice sont très variés : hospitalisation, consultations en centre médico-psychologique, hôpital de jour, équipe mobile, psychiatrie de liaison, etc. Depuis le début de mon internat, je suis sur des journées types de travail de 9h à 18h. Mais comme partout en médecine, on ne peut pas prévoir toute sa journée : si un patient hospitalisé a une douleur cardiaque ou une décompensation avec agitation, on retourne le voir. Globalement, je suis satisfaite de l’équilibre que j’ai réussi à établir entre la vie professionnelle et la vie personnelle, même si tout dépend de la spécialité, de la ville et du service.
Vous sentez-vous accompagnée, en tant qu’interne, en particulier sur le sujet de la santé mentale et des risques psychosociaux à l’hôpital ?
Oui, en psychiatrie, nos référents sont eux-mêmes psychiatres, donc sensibilisés par définition à la santé mentale. Les coordinateurs du DES (Diplôme d’Études Spécialisées) sont bienveillants et accessibles, et des aménagements de cursus peuvent être mis en place pour les internes en difficulté.
À Lille, avec l’association des internes, nous organisons des GREC, des « Groupes de Retour
d’Expérience » : on y discute de situations de stage difficiles ou qui nous ont touché, avec des médecins de l’hôpital extérieurs à nos services. Il y a aussi des débats, des rencontres avec des associations de patients et des moments d’ouverture culturelle.
Comment avez-vous été informée sur la prévoyance et sur les risques de perte de revenus en cas d’arrêt de travail ?
Dès la rentrée à l’accueil des néo-internes, les coordinateurs du DES organisent « l’école de la psy », une semaine de cours avec des explications sur la validation de l’internat. Le soir, des afterworks permettent de rencontrer les organismes de prévoyance comme l’APPA ou d’autres acteurs. Nous avons donc eu accès rapidement à l’information et ceux qui le souhaitaient ont pu souscrire une prévoyance.
Personnellement, l’APPA me plaisait pour le caractère non lucratif de son statut d’association et la gestion qui est faite par des médecins. J’ai aussi comparé les prix pour ma mutuelle et les tarifs m’ont semblé compétitifs.
Quels conseils donneriez-vous aux futurs internes ?
Le premier conseil est de prendre le temps de continuer à faire des choses en dehors de l’internat. On passe beaucoup de temps entre internes, en journée, parfois le week-end et lors des gardes de nuit. Il est
précieux de conserver des amis et des activités extérieures, même si cela demande de s’organiser, car ce sont des sources de décompression. Il ne s’agit pas d’avoir un emploi du temps surchargé, mais de garder ce qu’on aime : lire un livre, aller boire un verre avec des ami.es, etc. Je conseille aussi de contacter les internes de la subdivision avant de commencer. Les maquettes de stage sont publiées dans les textes de loi, mais chaque ville les adapte en fonction de ses besoins. L’association des internes peut partager des témoignages et donner des contacts. À Lille, grâce à un week-end d’intégration et à l’«école de la psy», tout était très bien organisé et nous sommes arrivés informés et rassurés.
Vous pratiquez la force athlétique en compétition. Comment cela s’articule-t-il avec l’internat ?
Je fais du powerlifting et j’ai remporté l’an dernier les championnats de France universitaires dans ma catégorie. Je suis actuellement titulaire du record de France universitaire dans ma catégorie au squat au développé coucher ainsi qu’au total et je suis également titulaire d‘un record régional au soulevé de terre dans ma catégorie en open. Je m’entraîne quatre fois par semaine, sans aucun aménagement d’horaires, comme lorsque j’étais externe. J’ajuste mes séances selon la fatigue, la charge de la semaine et les gardes. Les temps de repos permettent aussi de continuer à m’entraîner et à décompresser ! Avant l’internat, je m’étais demandé si le rythme serait compatible. Je savais que je n’arrêterais pas, mais je voulais voir ce qui était possible. Cela s’est très bien passé, même s’il y a toujours une part d’incertitude :
les internes changent de stage tous les six mois, avec de nouveaux plannings et de nouveaux sites de garde.
Que vous apporte le sport dans votre pratique médicale ?
La compétition fait beaucoup travailler sur soi : la gestion de la pression, la préparation d’une échéance, la régularité. Ce n’est pas propre à mon sport, mais transposable dans la vie professionnelle, comme toute activité de loisirs effectuée en parallèle du travail. Dans les sports de force, où l’on répète des charges maximales, la gestion du stress et de l’appréhension le jour J est déterminante. On peut faire une excellente préparation et une mauvaise compétition, ou l’inverse. Pour être bon en compétition, il faut en faire. Je me suis lancée par opportunité, je me suis dit que ce serait une belle expérience et je vois aujourd’hui tous les atouts : on y apprend beaucoup sur soi.
Rédacteur : Gabriel Viry, Directeur de l’agence KIBLIND