Campagne de vaccination : les médecins retraités se mobilisent

De nombreux praticiens retraités se sont engagés, sur l’ensemble du territoire, pour prêter main forte à la campagne de vaccination. Deux d’entre eux, les docteurs Danièle Goumard et François Douchain également administrateurs de l’APPA, nous racontent…

Pourquoi vous êtes-vous engagés dans la campagne de vaccination ?

Dr. F. Douchain

Je suis retraité depuis quatre ans après avoir été chef de service de pédiatrie, pendant de nombreuses années, à l’hôpital d’Arras. Et j’exerce toujours en tant que médecin de PMI pour le Pas-de-Calais. Au début de la campagne, j’ai été sollicité par mes collègues de l’hôpital qui cherchaient des « bras » pour vacciner. A Arras, la vaccination se fait à l’hôpital en semaine et dans un vaccinodrome le week-end. En tant que pédiatre et médecin de PMI, je suis très sensibilisé aux questions de vaccination. Je me suis engagé immédiatement pour participer, à mon échelle, à la course de vitesse qui se joue entre l’acquisition d’une immunité collective et la disparition de la maladie.

Dr. D. Goumard

C’est l’hôpital de La Rochelle qui a « recruté » les médecins retraités. J’y ai fait ma carrière en tant qu’anesthésiste avant de prendre ma retraite il y a une dizaine d’années. Je me suis portée volontaire à Saint-Martin de Ré, où je réside en partie. Concrètement, suite à la conférence vidéo organisée par l’hôpital, j’ai contacté la Mairie pour m’inscrire et j’ai été « engagée »…

Comment cela est-il organisé au quotidien pour les médecins volontaires ?

Dr. F. Douchain

C’est très bien organisé. Les tours de garde se prennent sur Internet : on choisit ses créneaux, selon ses disponibilités, puis on est appelé en fonction des besoins. En ce moment, je vaccine en moyenne deux demi-journées par semaine, et une demi-journée le week-end.

Dr. D. Goumard

C’est un peu le même principe ici : on communique ses disponibilités et la Mairie fait le planning. Je vaccine moins car nous sommes nombreux sur l’Ile-de-Ré, une cinquantaine de médecins-vaccinateurs entre les libéraux et les retraités volontaires. L’organisation a également évolué depuis quelques semaines. Pour aller plus vite, la consultation médicale préalable n’est malheureusement plus systématique, ce qui réduit les besoins en médecins.

Comment êtes-vous formés ou informés ?

Dr. F. Douchain

Au début de la campagne, nous avons été invités à télécharger un ensemble de documents sur les sites de l’HAS et du Ministère de la Santé. Plus généralement, nous suivons évidemment l’actualité médicale et, à titre personnel, je me documente beaucoup grâce aux fils dédiés sur Twitter ainsi que par la lettre d’information du Pr Adnet.

Dr. D. Goumard

Chacun s’informe un peu à sa manière et avec ses moyens. L’information, c’est surtout celle qu’on trouve et on peut regretter qu’elle ne soit pas toujours très claire, en particulier pour répondre aux questions qu’on nous pose. En tant que médecins-vaccinateurs, nous aurions dû avoir un laïus, des process, une feuille de route officielle, afin que l’information soit toujours diffusée de la même manière par tout le monde.

Justement, quelles sont les principales questions qui reviennent ?

Dr. F. Douchain

Pour caricaturer, les patients arrivent avec une seule interrogation en bouche : « Est-ce bien du « Pfizer ? » ». Parfois, c’est drôle ; ils demandent la marque du vaccin une fois que l’injection est faite… Dans mon vaccinodrome, il y a dix tentes et plusieurs vaccins sont disponibles. Lorsqu’Astra Zenneca est arrivé, j’ai fait le choix de me positionner sur une tente dédiée, sûrement un réflexe de pédiatre car le fait de convaincre les gens fait partie du métier. Dans la plupart des cas, malgré tout ce qu’on entendait, les patients acceptaient le vaccin, dans la mesure où ils étaient très décidés, un peu comme des nageurs qui devaient plonger dans l’eau froide… Je n’ai vu que 2 à 3 personnes qui ont finalement refusé l’Astra. A l’inverse, j’ai eu aussi quelques sujets à risque que j’ai dû les convaincre de choisir un autre vaccin,…

Dr. D. Goumard

Je retrouve aussi les mêmes questions sur la marque du vaccin, ainsi qu’une interrogation très partagée sur le nombre de doses nécessaires ou l’éventualité d’une troisième injection à l’automne. Ce n’est pas toujours évident et il y a beaucoup de cas particuliers, notamment pour les personnes qui ont eu le Covid il y a plusieurs mois.

Percevez-vous, à votre échelle, une évolution du public sur la perception de la vaccination ?

Dr. D. Goumard

Avec l’ouverture de la campagne à toutes les classes d’âge et à l’approche de l’été, on perçoit une forme d’engouement, en particulier chez les plus jeunes. Ils veulent voyager, aller dans les festivals,… Finalement, on commence à voir que ça se bouscule par rapport au début de la campagne où on recevait seulement les personnes âgées. Les jeunes sont plus pressés que les autres.

Quels enseignements personnels retirez-vous de cette expérience ?

Dr. F. Douchain

C’est évidemment une exceptionnelle expérience personnelle et collective. On sait que  statistiquement une personne vaccinée sur trente évitera un passage en hospitalisation voire en  réanimation : quand on en vaccine soixante dans l’après-midi, on peut être fier de se dire qu’on a contribué à éviter deux formes graves, voire mortelles, du virus. C’est très motivant ! En revanche, j’ai été assez surpris du nombre de personnes à risques, notamment chez les jeunes avec beaucoup de transplantés et de publics en surcharge pondérale. Quand on est pédiatre, on est plutôt habitué à vacciner des sujets en bonne santé…

Dr. D. Goumard

Oui, on peut être fier de participer à cet effort collectif même si, comme je le disais, je regrette un peu l’absence d’une ligne claire sur l’information à diffuser et le changement récent d’organisation au détriment de la consultation médicale préalable.

Dr. F. Douchain

Rien que sur les vaccins, on aurait dû effectivement profiter de cette campagne de masse, qui va concerner tous les Français, pour faire de l’éducation sanitaire vaccinale non Covid exclusive. Sur toutes les personnes âgées qu’on a vues, seulement 10 % savent que d’autres vaccins les concernent, comme le vaccin antipneumococcique et l’anti-zona. C’est la même chose chez les jeunes : on aurait aimé connaître leur situation vaccinale (HPV, coqueluche, tétanos, pneumocoque, méningocoque, rougeole car souvent monovaccinés dans l’enfance ce qui n’est plus le cas maintenant).  La vaccination aurait été plus efficiente, en termes d’éducation de santé, si on avait à disposition le carnet vaccinal électronique dont on nous parle depuis vingt ans… et qui aurait pu être aussi bien utile pour gérer une éventuelle 3ème dose.